Santé corps et esprit

Séquestrée par un pervers narcissique pendant 5 ans

Séquestrée par un pervers narcissique sur un bateau pendant 5 ans, Astrid a accepté de nous livrer son analyse personnelle et ses conclusions.

Cette femme courageuse a finalement dû sauter par dessus bord et nager de toutes ses forces vers sa survie pour mettre un terme à une situation inextricable. Véritable rescapée d’un enfer à peine concevable, Astrid est aujourd’hui en bonne voie de reconstruction et nous transmet avec émotion ses observations personnelles sur le pervers narcissique, une personnalité toxique des plus dangereuses, puisque lorsque nous la démasquons enfin, il est trop tard : nous sommes détruits et les séquelles sont profondes. C’est que le pervers narcissique est particulièrement doué. Pourquoi cela? Quelles sont ses armes ? Et quels objectifs poursuit-il finalement ? Cet article, largement enrichi de notre expérience sur le terrain en tant que thérapeutes, reprend l’analyse d’Astrid pour élaborer un portrait très authentique du pervers narcissique.

Avertissement : certains aspects évoqués dans cet article concernent davantage les hommes pervers narcissiques que les femmes PN, étant donné que de nombreux exemples proviennent directement de l’expérience personnelle d’Astrid.

L’arsenal du pervers narcissique

Véritable bateleur, le pervers narcissique dispose de tout un arsenal pour conquérir sa victime, maintenir son emprise, vampiriser et détruire. Il use tour à tour avec beaucoup de brio divers procédés qui créent et entretiennent la dépendance tandis que la victime s’enfonce inexorablement dans l’auto dévalorisation et la perte de tous repères. Comédien, caméléon, psychologue, coach, inquisiteur, amant passionné, harceleur et tyrannique… le pervers narcissique ne manque pas de ressources ni de bagou ! Il tisse patiemment sa toile d’araignée et enferme sa victime affaiblie dans un cercle de dépendances sans fin.

Pervers narcissique : ses atouts stratégiques

Un grand séducteur

Le pervers narcissique est un grand séducteur, il a beaucoup de charme et de charisme, il aime plaisanter, dégage une grande confiance en lui, brille en société. Il crée l’image d’une personne saine, bien dans sa peau, joviale, dynamique et profondément humaine.

Un acteur-caméléon

Le pervers narcissique est un excellent comédien, il jouit d’une aura rayonnante qui surprend et envoûte. La vie est pour lui une scène de théâtre où il interprète divers personnages en fonction des circonstances et des personnes. Il joue tout le temps.

C’est un caméléon qui s’adapte à sa victime. Il se calque sur elle, adopte ses valeurs, ses rêves, il scanne l’autre pour tout connaître de ses désirs et de ses besoins. De cette façon, il va pouvoir combler l’ensemble, du moins en apparence. Il utilise le mimétisme, la comédie et la démagogie pour devenir son parfait reflet et lui donner l’impression de fusionner avec elle. En répondant à 100 % à ses besoins, il s’assure de sa dépendance absolue à tous les niveaux, il devient sa référence en tout et bientôt, elle n’a besoin plus que de lui.

Le besoin de fusionner

Le pervers narcissique a besoin de fusionner, de faire Un avec vous, il vous entraîne donc dans une relation fusionnelle, d’autant plus facilement que la victime idéale a généralement une grande carence affective. Bien souvent le PN l’admire car elle possède tout ce qu’il n’a pas : un monde intérieur riche et vibrant, un potentiel émotionnel et créatif très fort. Le deux profils se complètent à merveille car lui, de son côté, est plutôt pragmatique et dynamique, doué pour l’action et la stratégie. Cet état de fusion permet au pervers narcissique de combler un vide intérieur abyssal, une sorte de néant émotionnel qui le sépare de la vie et des gens, ce qui le rend très seul. Il a un désir intense de communier et de partager et recherche dans la relation fusionnelle des sentiments et des émotions fortes, une certaine la magie. Sa/son partenaire (qui peut aussi être son enfant) lui apporte alors son imagination, ses idées, ses rêves, son extravagance, ses envies, désirs, goûts, sa légèreté, ses qualités, sa fantaisie, ce qui le stimule, l’éveille et le nourrit beaucoup. Cet état de fusion, que le PN instaure systématiquement, est sa première et plus grande arme car il va maintenir la victime dans la relation jusqu’au bout. En effet, la puissance émotionnelle et énergétique vécue au cours des premiers mois altère le jugement de la personne et agit comme une drogue : celle-ci espère retrouver ce paradis perdu et se raccroche coûte que coûte à cette phase idyllique de la relation.

Un profiler de talent

Le pervers narcissique enquête sur vous et vous scanne. Il cherche toutes les failles, les blessures et les points faibles pour les utiliser contre vous. Il mène un véritable interrogatoire. Ce n’est pas parce qu’il s’intéresse à vous, non, c’est purement stratégique. Méthodiquement, il crée des dossiers contre vous. Le PN est très procédurier. Tôt ou tard, et toujours au bon moment, il utilisera un à un ces dossiers pour vous mettre à terre.

Un expert en tout

Le pervers narcissique se pose en expert et se rend indispensable.

C’est un très bon coach pour aider à avancer, un conseiller hors pair. Il valorise tout d’abord vos qualités et vous porte très haut. Il a souvent de très bonnes idées pour vous encourager à vous réaliser, à prendre confiance en vous et à vous révéler. Il étale sa connaissance avec beaucoup d’arrogance, s’entoure de livres et de revues spécialisées qui font illusion, tandis qu’en réalité, il a une culture « monolithique », c’est-à-dire une vie intellectuelle et émotionnelle très pauvre, des principes et des croyances limités et psychorigides. La plupart du temps, pour briller et convaincre, il s’accapare et exploite les idées des autres. Par contre, il déteste qu’on lui vole la vedette. Si vous avez le malheur d’exprimer votre sympathie ou votre admiration pour quelqu’un d’autre, il en fait aussitôt un rival et tente de détruire l’image que vous avez de cette personne, tout en se gaussant de savoir plus ou de faire mieux que lui. Son but est de devenir à vos yeux un demi-dieu, un être indispensable. Son ego surdimensionné lui fait surestimer ses capacités en permanence et dans tous les domaines.

Pour ces raisons, il n’est pas rare de retrouver les pervers narcissiques dans les métiers où interviennent le pouvoir et la séduction : PDG, managers, coachs, consultants, thérapeutes… Les victimes leur sont livrées à domicile !

Les armes de destruction massive du pervers narcissique

La déstabilisation systématique

Après une première phase d’émerveillement mutuel et de glorification de votre personne où le pervers narcissique chante vos louanges et exalte votre estime de soi, vient très vite une phase de dénigrement et de dévalorisation. Il commence alors un travail de sape méticuleux de votre personnalité, qui va progressivement venir à bout de votre confiance en soi et remplacer l’image saine et équilibrée que vous avez de vous-même par une image très négative. Là encore, il est méthodique. Il vous « casse » méchamment et de façon injustifiée, ou bien se moque de vous et vous humilie l’air de rien, au cours d’une discussion anodine. Il procède ainsi de façon régulière, et vous détruit à l’usure, au fil des mois. Il vous fait remarquer à la moindre occasion qu’il sait mieux que vous et qu’il est nettement supérieur à la moyenne. De façon insidieuse, il place sa victime en dessous de lui, soit de façon directe, soit en instillant au quotidien des syntaxes et des phrases complexes alambiquées qui créent le complexe d’infériorité. Quand vous lui demandez de l’aide, par exemple, il s’arrange pour vous embrouiller complètement, de sorte que vous ne comprenez rien. Vous pensez finalement que c’est beaucoup trop compliqué pour vous et que vous n’êtes pas à la hauteur. À force, vous finissez par croire que vous êtes en fait un(e) incapable en tout ! Et vous commencez à craindre toutes les situations qui vous placent dans une situation où vous devez vous débrouillez seul(e). Vous avez peur de postuler dans un emploi qui correspond à vos qualifications car vous êtes convaincu(e) que vous ne comprendrez pas ce qu’on attend de vous et que vous ne saurez pas y répondre. D’ailleurs, souvent, vous bloquez devant un nouveau défi, votre cerveau se verrouille, votre cœur se met à palpiter, votre vue se brouille et vous perdez toutes vos capacités, même devant des opérations très simples à réaliser. Vous êtes réellement convaincu(e) que vous êtes nul(e).

Il réduit à néant vos qualités et forces personnelles

Régulièrement, et toujours au moment où vous vous y attendez le moins, le pervers narcissique vous envoie à la figure une remarque blessante et dégradante qui pulvérise votre estime de vous-même et les qualités que pensiez posséder. Si vous avez une jolie voix par exemple, et que vous ambitionnez de devenir chanteuse, il peut vous dire subitement, avec un sourire faussement compatissant : « Tu sais ma chérie, pour être chanteuse, il faut avoir de la voix… ». Il induit le doute en vous, et la dépréciation systématique de vos qualités, vous ne savez plus que penser de vous-même. Il vous fait croire que, quels que soient vos dons et vos aptitudes, vous ne serez jamais à la hauteur, que c’est peine perdue, que vous êtes sommes toute quelqu’un de médiocre. Il banalise vos talents et diminue vos capacités jusqu’à faire de vous une coquille vide, incapable de quoi que ce soit. Il se plaît également à critiquer votre physique, vos goûts vestimentaires, vous inculque ce que vous pouvez dire ou pas, entreprend de vous rééduquer, investigue sur votre morale, vos valeurs, vos points de vue politique, pour aussitôt s’en offenser et vous faire la leçon. Astrid nous confie ici une petite anecdote. Elle se souvient que son bourreau lui laissait des Post-its partout avec des interdictions et des directives précises sur la façon dont elle devait agir, de cette façon son compagnon lui laissait entendre qu’elle oubliait toujours tout et qu’elle était une incapable.

Déstabilisée en permanence, malgré les moments d’euphorie que le pervers narcissique concède à sa victime pour lui permettre de recharger ses batteries, la victime perd son équilibre psychologique très vite. Conséquence : elle se raccroche encore plus à lui et devient toujours plus dépendante ! Les bons moments se font de plus en plus rares, mais ils permettent au pervers narcissique de maintenir son contrôle, « c’est comme ça que l’on tient le coup et que l’on pardonne », conclut Astrid. Une fois que vous êtes pris(e) au piège, dépendant(e) et déstabilisé(e), il ferme progressivement tous les robinets. La victime, en manque, cherche désespérément à revivre ce paradis perdu. Le pervers narcissique entre alors dans une phase de chantage affectif où il ne donne que ce qu’il veut quand il le décide, et uniquement si vous obéissez à ces désirs.

La culpabilité (syndrome de Stockholm)

Pour un oui pour un non, il exprime son mécontentement, devient hostile ou bien se terre dans un silence oppressant pendant des heures, voire des jours (des mois selon Astrid!) sans motif valable. Le silence et les colères explosives sont des armes redoutables qu’il apprécie particulièrement pour faire régner un climat d’instabilité et de terreur permanent. Avec lui, vous êtes toujours en faute quelque part, il trouve à redire sur tout ce que vous faites. Et s’il arrive que vous soyez victime de l’agressivité ou de la malhonnêteté d’une personne, il vous rétorque froidement que c’est de votre faute ou que vous l’avez sûrement mérité. Parfois, il explose soudainement en colère après plusieurs heures de silence. Il induit ainsi en vous un sentiment de doute et de culpabilité permanent. Vous passez des heures à tenter de comprendre ce que vous avez fait de mal, vous doutez de vous, de tout ce que vous faites et dites, et pendant tout ce temps, vous êtes aspiré dans une spirale négative et destructrice. Le silence radio peut durer des jours, des semaines, des mois… « Tant qu’on ne s’excuse pas, tant qu’on ne s’améliore pas à ses yeux, tant qu’il n’obtient pas ce qu’il veut : solutions, argent ou excuses, il vous force à travers le silence à vous remettre en question systématiquement. », précise Astrid.

Le pervers narcissique est un vampire hors pair : à travers votre souffrance, votre culpabilité et votre dépendance, il pompe votre énergie.

Son arsenal pour vous détruire joue sur vos émotions et sur votre fragilité psychologique :

La terreur

Il souffle le chaud et le froid, est impulsif, éclate soudainement en colère, fait du chantage affectif, crée un climat de peur et d’instabilité permanent (peur de ses accès de colère, de le perdre, de ses remarques destructrices, de vous retrouver dans une situation précaire en le quittant…). Le PN joue continuellement sur la peur. Il instaure la peur. C’est la meilleur façon de manipuler sa victime. Il le fait à travers la violence verbale (discours anxiogène), un langage virulent, un coup de point sur la table, en vous bousculant, en gesticulant et en vous parlant avec des objets dangereux comme un couteau par exemple, en réduisant votre liberté individuelle, en vous abandonnant en pleine rue, en vous interdisant tout moyen de le contacter : plus de réponses aux sms, sur WhatsApp, Messenger etc. C’est une véritable dictature.

« Celui qui contrôle la peur des gens devient maître de leurs âmes »

Nicolas Machiavel

Le déni et le sadisme : Il est constamment dans le déni de ses tords et projette sa souffrance, ses propres démons et ses dysfonctionnements sur sa victime. Tout ce qu’il est, il lui reproche. Elle devient responsable de tous les maux qui se produisent, voire de tous les maux de la terre. C’est à cause de vous s’il y a des gens à la rue, c’est à cause de vous si il perd des clients et ainsi de suite. Il trouve vos failles et vous fait porter le chapeau de situations qui vous affligent profondément (la faim, les inégalités sociales, le racisme…). Grâce à cette projection, il se dédouane et se déresponsabilise tout en prenant un malin plaisir à vous voir vous détruire de honte et de culpabilité.

Le gaslighting ou l’art de vous rendre dingue

Il change la réalité, pervertit la situation, déforme vos paroles, vos pensées et vos actes, il omet volontairement tous les éléments qui ne l’arrangent pas pour favoriser et justifier sa propre position. Capable de harcèlement, il peut passer des nuits entières à vous interroger et à déformer systématiquement vos paroles et vos pensées pour vous faire dire l’inverse de ce que vous dites et vous rendre fou/folle. Vous vous perdez dans un dédale de justifications et bientôt vous ne savez plus ce que vous vouliez vraiment dire, ce qu’il utilise à nouveau contre vous. Il vous embrouille l’esprit complètement des heures durant. De plus vous tombez de fatigue car il vous prive de sommeil ! Vous perdez littéralement la tête. Vous avez l’impression de passer à la moulinette, de subir un lavage de cerveau. Une fois que vous êtes à bout et totalement épuisé(e), il incruste en vous ses propres croyances sur ce que vous êtes. Au fil des mois, il refaçonne votre image de vous-même de façon totalement subjective et dépréciative, et celle-ci reste gravée longtemps car, à force de matraquage vous avez finis par y croire.

L’isolement et la projection mentale

Il cherche à isoler la victime de son entourage en l’amenant sur un terrain qu’elle ne connaît pas (grâce à un déménagement par exemple). Il projette sans cesse sur elle ses projets et fantasmes. Tout va extrêmement vite, on se met en ménage, les projets, les voyages, les enfants, le mariage etc… il verrouille ainsi la situation. L’univers entier commence à se refermer sur sa proie. Celle-ci ne pense plus que par rapport à lui. Il accapare tout son temps. Il devient le centre de sa vie.

Le conflit

Aucune paix n’est possible dans la relation avec un pervers narcissique. Il provoque le conflit et s’en nourrit pour créer toujours plus de culpabilité chez vous et dévaster votre image de vous-même. À travers le conflit, il vous écrase pour se repositionner dans la relation en prenant l’ascendant. C’est un dominateur par excellence. Ce statut le rassure et lui fait du bien. Il aime également diviser pour mieux régner et n’hésite pas à dresser vos amis, vos parents, vos frères et sœurs, vos collègues, et votre hiérarchie contre vous. Il parvient même à vous éloigner de vos enfants.

La dépendance sexuelle

Le pervers narcissique l’utilise comme une arme. Il manipule sa victime pour la rendre dépendante sexuellement. Dans ce domaine, il veut briller également et fait savoir à sa partenaire qu’elle n’est pas à la hauteur. La victime doit être à sa disposition et il peut l’obliger à faire des choses qui ne la respectent pas comme de dormir nue, même si elle a froid. Il est assez pervers et n’hésite pas à amener son/sa partenaire sur un terrain de jeux sexuels pervers. En très bon amant, il en donne beaucoup et peut se montrer agressif et dominateur. C’est aussi à travers le sexe qu’il vampirise sa proie. Mais un jour, il décide d’arrêter ou bien il dit « non » pour créer le manque, ou pour vous punir. C’est lui qui décide quand vous l’avez mérité. Il vit dans un climat incestueux psychologique avec ses enfants jusqu’au passage à l’acte dans certains cas. Il peut obliger à l’acte, avec force et sans utiliser de préservatif, la victime qui n’est pas consentante, il va jusqu’au viol.

La dépersonnalisation

Phénomène assez grave, la dépersonnalisation intervient chez toutes les victimes qui ont été exposé depuis trop longtemps à un pervers narcissique. Comme le PN détruit systématiquement tout ce que vous pensez savoir de vous en dépréciant vos qualités, en déformant vos propos et vos idées, et en implantant dans votre esprit ses propres projections, il vous éjecte de vous-même ; vous perdez le contact avec votre véritable moi, vous devenez fragile et volatile comme la feuille qui se décroche de son arbre, et n’avez plus aucun repère auxquels vous raccrocher. Vous vous sentez vidé, détruit, à côté de vous, en dehors de la vie, coupé de votre environnement, de la réalité et des autres, en colère, terriblement triste, dépressif, très anxieux et seul. La vie vous échappe.

L’infantilisation (il fait émerger l’enfant intérieur blessé)

Le pervers narcissique est autoritaire, castrateur et dominateur: il infantilise en permanence. Très vite, il fait ressurgir l’enfant blessé et vulnérable en vous et vous régressez au stade infantile. Il touche vos failles et vos blessures intimes, stimulant ainsi des attitudes et des réactions émotionnelles propres à l’enfant que vous avez été. Sa maltraitance ravive en permanence des sentiments de l’enfance comme la peur: peur du parent tyrannique, contrôlant et accusateur, peur de ce qu’il va vous faire, peur de se retrouver seul(e), peur de ne plus être aimé(e). Vous êtes réduit à l’état d’enfant apeuré, sans défenses, totalement dépendant de son bourreau.

Cette infantilisation systématique rend la victime extrêmement vulnérable et terriblement dépendante: vous régressez et comme lorsque l’on est enfant et que l’on est totalement dépendant de ses parents. Vous perdez toute confiance en vos capacités et en votre propre jugement, toute autonomie personnelle. Très vite, vous n’arrivez plus à prendre de décision et à agir sans son aval et sans son aide, qu’il vous refuse évidemment ou vous octroie en vous blâmant de manquer d’autonomie et de caractère.

Le Triangle de Karpman

Le triangle défini par Karpman désigne un jeu psychologique dans lequel le pervers narcissique piège sa victime, et implique la manipulation à travers la triade victime / sauveur / bourreau. Le PN joue en alternance ces rôles pour maintenir contrôle et domination sur vous quand il se sent en position de faiblesse, quand vous lui résistez, ou quand il est sur le point d’être démasqué. Par exemple : il joue de nouveau le sauveur pour éviter que sa une proie lui échappe.

Voilà basiquement l’évolution des rôles au fur-et-mesure de la relation:

1. Séducteur : le PN joue au sauveur et au justicier. Il vous écoute, il vous comprend, il vous admire, il veut le meilleur pour vous. Il se prétend le garant d’un certain ordre moral, se scandalise de la malhonnêteté et de la malfaisance des autres, lance des accusations à tout va, prend votre défense, ce qui contribue à en faire un demi-dieu aux yeux de la victime.

2. Du sauveur à la victime : Il ment et invente un passé dramatique où il prétend être l’éternelle victime de tout et de tout le monde. En personne sensible et empathique, vous êtes profondément touchée par ses confessions.

3. Du sauveur au bourreau: le PN accable la victime de critiques, d’attaques, il la violente (la plupart du temps psychologiquement), l’accuse de tous les maux et de tous les vices (elle est dépressive, folle, mauvaise, menteuse, méchante, « salope », incapable de rien ou bien elle fait tout mal…). La victime accepte finalement les charges qui pèsent contre elle car elle sait se remettre en question et recevoir les critiques. De plus, elle veut a tout prix montrer qu’elle mérite son amour et qu’elle est à la hauteur…

À travers ces quelques aspects nous avons vu que le pervers narcissique est avant tout un grand menteur, un manipulateur, un fin stratège, un sadique. Nous avons également compris que, quoi qu’il en dise, il agit toujours dans son propre intérêt et pour sa satisfaction immédiate.

Le profil psychologique du pervers narcissique

Zéro empathie

Le pervers narcissique n’a aucune empathie. Il ne sait ni ne veut se mettre à la place des autres. Il s’est volontairement (ou à force de violences) coupé de ses émotions et de ses sentiments, il vit donc dans une monde psychopathique. Il ne veut ni ne peut y accéder tant les émotions provoquent en lui une souffrance intolérable. Il est donc dans le déni constant de ses propres émotions et des vôtres, ce qui le rend froid, impénétrable et implacable. Cette caractéristique lui confère un ascendant total sur la victime qui est généralement à l’opposé, très sensible et émotive.

Un éternel enfant

Immature, il vit les mêmes émotions qu’un enfant et rejette toute forme de frustration. Il fuit les vraies discussions et les responsabilités, qu’il entend gérer seul, à sa façon. Dès que vous le remettez en cause, il se ferme en niant les faits, en pleurant ou en s’enfermant dans un mutisme total. Il a recourt au gaslighting (voire l’explication ci-dessus) pour imposer ses idées et croyances personnelles. Il s’exprime souvent par la colère et la véhémence – il tape du poing violemment par exemple ou brise une vitre – pour libérer sa frustration et obtenir ce qu’il souhaite. La victime est pour lui la source de ses frustrations, de ses échecs, de ses incapacités. Il ne comprend pas qu’il en est responsable alors il culpabilise et accable la victime pour l’incriminer et obtenir ce qu’il veut. Il vous utilise pour sa propre satisfaction, vous êtes au service de ses caprices, de ses lubies et désirs.

Une double personnalité

Le pervers narcissique a deux visages, clairement. Il a une défaillance identitaire qui l’oblige à se dissocier. Sa personnalité sociale (sa vitrine) est parfaite, brillante, éloquente – c’est souvent un orateur hors pair – altruiste, sympathique, drôle et généreuse. Il est en effet toujours prêt à rendre service, même s’il ne le fait pas gratuitement, sans le savoir vous devenez redevable, tout est calcul et stratégie chez lui. Admiré pour ses prétendues qualités humaines, son dévouement sans faille, et la confiance qu’il dégage, il passe en société pour une personne exemplaire voire un saint. Sa véritable personnalité en revanche est toute autre, complètement à l’opposé. Rongée par l’amertume, le néant et la noirceur, elle est puissamment destructrice, irascible, perverse et sadique.

Un grand complexé

En dépit des apparences, le pervers narcissique souffre est une personnalité extrêmement complexée et en souffrance. Il vous a justement choisi pour vos qualités et votre richesse humaine, artistique et émotionnelle  : le PN admire votre vie intérieure foisonnante car il en est privé. Vous le stimulez, lui qui vit la plupart du temps dans un désert émotionnel total, ce qui l’exclut de bien des plaisirs et des joies qu’offrent la vie : l’art, la culture, la nature. Il ne ressent rien et n’entend rien aux richesses de l’âme, il est totalement coupé de son âme justement. Ce qui provoque beaucoup de souffrance, d’amertume et de jalousie. Votre présence est donc extrêmement importante dans sa vie parce qu’il a besoin de vous pour exister et pour exorciser (masquer) sa noirceur.

Le vrai dépendant c’est lui. S’il vous perd, il sombre dans sa noirceur.

La victime idéale du pervers narcissique

Nous terminerons cet article par un rapide exposé de ce qui fait de vous une victime potentielle du pervers narcissique. Car il ne faut pas négliger cet aspect fondamental : le PN n’est rien sans la victime idéale.

Les caractéristiques de la victime idéale du pervers narcissique

  • Elle manque de confiance en elle, d’assurance et de virilité (y compris chez les victimes hommes), elle est donc attirée par des personnes charismatiques, très indépendantes, possédant un fort potentiel personnel.
  • Elle est dépendante affective et sexuelle.
  • Elle se remet facilement en question, ce qui est une excellente qualité dans la vie mais pas en présence d’un PN !
  • Elle est très sensible et empathique. Elle pense souvent pouvoir comprendre et aider le pervers narcissique. Tandis que le PN est allergique à toute véritable remise en question. Lorsqu’il lui arrive de faire son « mea culpa », c’est avant tout stratégique, il n’en pense rien et ne fera rien pour changer d’attitude. La balance est d’entrée de jeu totalement déséquilibrée entre le PN et sa/son partenaire, ce qui joue largement en sa faveur.
  • La victime a une grande carence affective. Elle a donc besoin d’être écoutée, comprise et valorisée. On peut dire qu’il y a chez elle une tendance inconsciente au vampirisme. Le vampirisme dans la relation avec un PN est donc à double sens, à la différence près que la victime ne déploie pas de stratégies malveillantes et destructrices. Nous avons développé cette notion de vampirisme à double sens dans un article à ce sujet : https://therapie-anankea.com/comment-la-dependance-affective-nous-rend-vulnerable-au-vampire-energetique/ » vampire énergétique ?
  • Elle est peu autonome, psychologiquement et matériellement. Elle a souvent des difficultés à assumer sa vie matérielle, à entreprendre, à mener des projets sur le long terme et à prendre des risques, tout l’inverse du PN qui a le profil d’une personne très indépendante et qui n’hésite pas à prendre de grands risques, parfois totalement inconsidérés. La victime a donc tendance à se raccrocher au PN, pensant qu’il va pouvoir la porter et l’aider à se réaliser.
  • Ce dernier point est délicat mais capital : la victime idéale présente une tendance au masochisme (largement inconsciente) qui l’empêche de poser des limites au bon moment. Cette prédisposition la pousse inconsciemment à reculer encore et toujours plus les limites de sa souffrance. Elle ne met un terme à celle-ci que lorsqu’elle est à bout, c-a-d, complètement détruite et épuisée. À ce moment, elle réalise qu’elle est allée trop loin et en est presque choquée. Le PN connaît et use toutes les failles de sa proie.

Cette liste n’est évidemment pas exhaustive mais nous rappelle que dans la relation avec l’autre, nous avons toujours notre part de responsabilités. Il est donc crucial de bien se connaître, quitte à entreprendre une thérapie de fond, pour se préserver au mieux des personnalités les plus toxiques.

Enfin, nous tenons Ganji et à moi à remercier chaleureusement Astrid qui a largement contribué à la naissance de cet article, en partageant généreusement avec nous son expérience et en autorisant la publication de ses propres conclusions. Cela faisait longtemps que nous avions à cœur de traiter le cas de la personnalité perverse narcissique, c’est à présent chose faite, grâce à elle. Nous lui souhaitons de recouvrir ses forces rapidement et de continuer ce beau combat pour dénoncer et éclairer d’autres victimes.

Iori, Ganji et Astrid

Psychologie, Santé corps et esprit,
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