Santé corps et esprit

Le complexe du sauveur

Vous êtes nombreux à nous contacter avec les intentions humanistes les plus louables qui soient: « Comment aider les autres, par où commencer ? ». Mais bien souvent vous ne parvenez pas à mettre en pratique vos aspirations : « Toutes mes actions sont systématiquement contrariées. Qu’est-ce qui ne va pas ? ». Vous êtes victime du complexe du sauveur, voyons cela d’un peu plus près.

Le complexe du sauveur

Certes, ces élans profondément humains vous honorent, mais ils sont d’abord et avant tout l’expression d’un grand désarroi intérieur. En effet celui qui veut sauver l’autre a le sentiment de porter le poids du monde sur ses épaules. Hyper sensible et empathique à l’extrême, il couve lui-même une grande souffrance qu’il projette sur le monde. Handicapé par cette vulnérabilité intérieure qui génère beaucoup d’instabilité, il ne parvient à s’adapter à la société telle qu’elle est conçue. Il peut alors développer un complexe d’infériorité qui se mue naturellement en complexe du sauveur.

Alors comment aider l’autre lorsque l’on souffre autant et que l’on n’a pas réglé ses problèmes de fond ? Le côté sombre et pathologique de soi n’a pas été identifié et dépassé, de même que nos illusions. En fait, à travers ce projet humaniste, vous exprimez un besoin urgent de guérison et de transformation pour vous-même.

Vouloir sauver le monde est une maladie

On peut se demander alors qui veut aider ? L’égo en quête de reconnaissance ? Le vampire en quête d’énergie ? Le manipulateur en quête d’ascendance ?

Comment être certain que l’on est suffisamment sain et équilibré tant que l’on n’a pas visité et purifié son mental et ses entrailles ? Comment obtenir de vraies clés de compréhension de la maladie si on n’a pas encore réglé ses propres problèmes de fond ? C’est cette rencontre avec soi qui transmet les véritables clés de la guérison et d’une réorientation personnelle.

En d’autres termes, vouloir à tout prix sauver l’humanité est une pathologie. Bien souvent, cette apparente bonne volonté recèle son lot de perversités et peut s’avérer dangereuse pour les autres : un résultat opposé aux intentions de départ.

Par exemple, bon nombre de thérapeutes ne s’aperçoivent même pas des dégâts qu’ils occasionnent chez leurs patients tant ils sont convaincus du bien-fondé de leur médecine et de leurs interventions. Ce sont souvent des personnes qui ont vécu au cours de leur vie des moments difficiles dont ils ont été tirés par une expérience spirituelle forte, une sorte d’éveil.

Dès lors, ils confondent les prémices de la spiritualité avec la guérison profonde : ce n’est pas parce que l’on a vécu une expérience de transcendance (état de paix et de grâce momentané) que l’on est guéri ! Tout un travail de connaissance de soi et de rencontre du « noir » en soi reste à faire. Ces thérapeutes s’auto-illusionnent et deviennent dès ce moment des adeptes de la pensée positive, envoyant allègrement de la poudre de perlimpinpin aux patients qui finissent par s’apercevoir que ce thérapeute ne les aide pas à régler leur problème de fond.

C’est pourquoi la démarche doit être inversée : commencez par vous aider vous-même.

La rencontre avec soi : connais-toi toi-même

Entreprenez un travail de connaissance de votre réalité profonde. Osez défier vos limites, rencontrer votre égo, le pathos en vous, le « noir », tout ce que votre conscience juge et étiquette comme « négatif ».

Seule la confrontation avec le « négatif » guérit véritablement. Autrement, vous demeurerez piégé dans des astuces mentales d’auto-conditionnement « positif » : « Je vais bien, tout va bien, il suffit de le vouloir ». Comment voulez-vous aider les autres à se rencontrer et à guérir alors que vous-même ne le faites pas ? Et que vous vous mentez à vous-même ? Vous ne pouvez que leur transmettre de l’illusion et de faux espoirs.

Si au fond de vous une petite voix crie « à l’imposture ! », si vous sentez que vous n’êtes pas à la hauteur du rôle que vous êtes assigné, c’est tant mieux. C’est signe de bonne santé mentale et d’humilité. Et il en faut pour entamer ce long travail de retour à Soi, cette intériorisation tant redoutée mais ô combien salvatrice. Véritablement salvatrice.

Votre regard sur le monde en ressortira profondément transformé. Vous reviendrez à la société avec une vision nouvelle et des clés personnelles, uniques. Mais peut-être n’aurez-vous plus envie de guérir et d’aider les autres… Peut-être aurez-vous découvert entre temps que votre voie est ailleurs. C’est un risque à prendre !

Que vaut la vie si le chemin est tracé d’avance, si nous n’avons rien à apprendre sur rien, aucune surprise à découvrir sur nous-même ?

Iori 

Psychologie, Santé corps et esprit,